Ancien élève de La Roche (bac 2001), Marc Agenis-Nevers a construit un parcours riche et atypique, entre sciences du vivant, recherche, expatriation et reconversions successives. Ingénieur agronome devenu entrepreneur, il est aujourd’hui à la tête de Code en bois, un projet innovant qui initie les élèves à la programmation sans écran grâce à des supports en bois. Il revient sur ses années lycée, les étapes marquantes de son parcours et la naissance d’une aventure entrepreneuriale au croisement de l’éducation, du jeu et du numérique.
«Arrivé à La Roche en 1997 pour ma seconde, en venant du collège Paul Claudel, de l’autre côté des Invalides, j’ai passé mon bac à La Roche en 2001.
J’ai plusieurs souvenirs et des flashs :
Le prof de français, M. Fröchen, faisant cours assis en tailleur sur son bureau, les yeux mi-clos, on avait l’impression de recevoir l’enseignement d’un bonze tibétain et on écoutait avec avidité !
Les mémorables « procès » de Mme Boudry, la prof d’anglais, qui nous donnait des rôles, ceux de l’accusé, du jury, ou du greffier, tout ça dans une mise en scène déguisée impliquant toute la classe. Cela nous a donné une incomparable aisance à l’oral.
La prof de maths, dont une des devises était : « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » à l’adresse d’élèves passant à côté de la simplicité de résolution d’un problème…
Je me souviens bien du cinéclub et du club théâtre, deux activités formidables et organisées de main de maître. Et aussi d’un voyage de classe à Venise vraiment magnifique (1998 je crois) …
J’ai eu la chance de connaître deux promos successives d’élèves, parce que mes parents avaient décidé de m’envoyer dans une école anglaise en plein milieu de l’année de 1ère S. Au retour, étant déjà un assez bon élève, ma seconde 1ère S s’est déroulée… comme sur des roulettes avec d’excellentes notes (surtout en SVT, ma matière de prédilection).
Je garde vraiment de La Roche le souvenir d’une ambiance bon enfant, fraternelle, d’enseignants de grande qualité qui marquent les élèves pendant longtemps. La Roche m’a donné les bonnes bases pour continuer ensuite ma scolarité et une meilleure confiance en moi.
Après le BAC, j’ai fait une prépa BCPST, à Ste Geneviève.
Ça a été les deux meilleures années de ma vie, j’ai adoré l’internat, ainsi que les traditions des agros, bien que le travail demandé soit considérable. Après deux ans et les concours, j’ai hésité entre Normale Sup et l’Agro, Finalement j’ai choisi l’INAPG qui me permettait beaucoup de possibilités. A Grignon et rue Claude Bernard, trois années passionnantes et riches d’expériences, pour obtenir mon diplôme d’ingénieur agronome (bac +5).
Par la suite, je suis retourné deux fois sur les bancs d’école : en 2014 en formation continue, payée par mon entreprise, car le centre de recherches voulait s’initier à la « data science » et former ses ingénieurs, avec un diplôme de statisticien. Et encore quelques années après, me retrouvant au chômage, j’ai postulé pour une alternance (à 36 ans !) et je me suis un peu réorienté vers l’informatique et l’électronique. Ce qui me fait un bon bagage technique assez varié, en somme, et à mi-chemin entre le monde végétal et le monde numérique ! Je suis aujourd’hui ingénieur en sciences du vivant et en statistiques
Mon premier job était en expatriation au Brésil.
J’ai eu la chance de continuer dans l’entreprise où j’avais fait un stage long. Ils avaient besoin d’une personne pouvant comprendre la technologie du site français et aller l’implanter au Brésil. J’étais dans le domaine de la culture de biomasse énergie, donc un sujet mélangeant exploitation forestière, séchage du bois, procédés thermiques, et ingénierie, avec pas mal de R&D assez terrain, ce qui m’a bien sûr passionné. Mais j’ai quitté le poste au bout de 2 ans, pour revenir en France… t me marier !
Un enrichissement certain de cette expérience à l’étranger, le rapport au travail en Amérique du Sud et les relations sont extrêmement différents de chez nous.
Après avoir fait une dizaine de métiers différents dans ma carrière, mon métier actuel est celui d’entrepreneur.
Je conçois, je fabrique et je commercialise des kits de programmation informatique faits intégralement… en bois ! Grâce à Code en Bois – nom du produit et de l’entreprise – environ 30 000 élèves de primaire et de collège ont appris à programmer sans écran, en se focalisant sur les concepts centraux de l’algorithmique et en s’amusant.
Quelques mots rapides sur comment ça marche : chaque binôme d’élèves reçoit 25 pièces en bois colorées représentant des instructions (comme : avance, creuse, pivote, répète, si/sinon, etc). Au tableau, un labyrinthe est dessiné avec des pièges, des trésors, des ennemis, et un personnage aimanté qui doit atteindre un objectif de plus en plus difficile. Les élèves doivent organiser et emboîter les instructions pour créer un programme, un algorithme, qui va répondre à l’objectif. Ensuite on vérifie au tableau tous ensemble, c’est très ludique et formateur.
Mais mon métier va beaucoup plus loin que juste vendre ce matériel, même si nous ne sommes que deux personnes dans l’entreprise (je suis associé à une enseignante de mathématiques). Il s’agit de gérer la comptabilité, la communication, la mise à jour de la documentation technique, la tarification des produits et la négociation avec les distributeurs, de vérifier tout le temps si on a assez de stocks de chaque matériau, de créer les factures et les devis, de maintenir à jour le site internet, de rédiger des posts sur les réseaux sociaux pour montrer qu’on existe et qu’il y a toujours quelque chose de nouveau… et surtout de faire la « prospection », le démarchage commercial des écoles. On fait donc tous les métiers à la fois, c’est passionnant…et fatigant aussi !
Le projet Code en Bois a démarré un dimanche d’hiver, lorsqu’à la demande de l’école de mes enfants, j’ai imaginé des pièces en bois pour « jouer » à coder des algorithmes. L’enthousiasme et l’accueil du projet ont été tels que j’ai continué à bosser dessus pendant plusieurs mois, jusqu’à avoir des promesses d’achat, et faire une création d’entreprise individuelle. Mes enfants ont mis du temps à comprendre que la fabrication de mes « jeux » était finalement devenue un vrai métier, avec toutefois, le plus gros challenge : rendre l’activité rentable (on a deux ans de soutien de Pole Emploi…)
Aujourd’hui l’avenir est encore un peu flou, car le contexte économique est difficile pour les finances de l’Education Nationale, et nous nous développons encore doucement. Un projet concret pour l’avenir m’enthousiasme : tout notre travail est maintenant en open source grâce à un partenariat avec le Ministère de l’Education Nationale, donc n’importe qui peut reprendre notre travail, améliorer notre produit, contribuer… Nous aidons également les gens qui veulent se lancer à fabriquer eux-mêmes leur matériel de programmation sans écran avec des outils de « maker » (impression 3d, découpe laser, etc.), c’est passionnant.
Donc 2026 est une année « pivot » avec de beaux projets et des surprises. Si vous voulez en savoir plus sur ce projet, allez voir le site! https://codeenbois.fr/
Les jeunes d’aujourd’hui ont la chance, pour la plupart, d’être sensibilisés aux sujets de l’entrepreneuriat, et aux nouvelles technologies dès le plus jeune âge, je pense qu’ils peuvent avoir plus de possibilités et plus de flexibilité qu’à mon « époque ». Mais je conseille cependant de ne pas négliger une formation initiale de qualité : je me sers souvent des précieuses compétences acquises au lycée et en prépa.
Je pense que la diversité des métiers est formidable, j’aurais aimé en essayer encore plus! Que les jeunes aillent rencontrer des professionnels, faire des immersions, des interviews… c’est fondamental, il ne faut pas rester bloqué dans une voie qui ne nous plait pas. »
Marc Agenis-Nevers, marc.agenis@gmail.com
Interview réalisée par Bénédicte Barbette





