Anne Le Névé (Cachard-Berger) après de brillantes études, a préféré une vie plus conforme aux valeurs dont elle a hérité par son éducation en famille, à La Roche, après des rencontres diverses. Certains diraient : réussir sa vie plutôt que réussir dans la vie.
Anne, tu es de la première génération des filles entrées en Sixième à La Roche ; quelques filles seulement dans deux classes de 6èmes sur quatre. Qu’as-tu trouvé à La Roche ?
Je suis rentrée à la Roche en Sixième, en 1983, et en suis sortie avec le bac en 1990.
En Sixième, j’ai fait partie de la première promo avec des filles, nous n’étions qu’une petite dizaine par classe, mais cela ne m’a pas gênée.
En troisième, je me souviens particulièrement de l’enseignement de l’anglais avec Claude Boudry : les débats à thème, les chansons à trou qui m’ont permis de découvrir U2, Simple Minds, Léonard Cohen, l’apprentissage de liste de vocabulaire. J’ai appris à aimer l’anglais grâce à elle !
En Terminale, cela n’a pas été simple d’avoir mon père comme prof de bio, surtout que j’avais choisi la terminale D avec au moins six heures de bio dans la semaine ! j’avais de bonnes notes et certains de mes camarades étaient suspicieux, j’ai eu droits à des « tu as eu le sujet à l’avance… ».
J’ai aimé l’expérience des PAE : cela m’a permis de faire de belles découvertes : les plages du débarquement, le théâtre, les dessous de Paris, etc…
En Première, j’ai aussi rejoint les équipes St Vincent de Paul : chaque semaine, avec une amie, nous allions visiter une personne âgée, prendre le thé avec elle, jouer au scrabble … elle était heureuse de notre visite.
Bac en poche avec une belle mention, quelles études ?
Après le bac, j’ai fait une prépa bio et j’ai intégré l’INA-PG (Institut National d’Agriculture de Paris-Grignon) aujourd’hui Agro Paris tech. J’ai obtenu un diplôme d’ingénieur agro, spécialisation développement agricole. A l’époque, je me voyais bien travailler pour des ONG en soutien aux pays en développement. Après deux ans au Mexique pour mon stage de fin d’études puis une première expérience professionnelle, je suis revenue en France avec un parcours plus « classique » : cinq ans dans un centre de gestion agricole puis une douzaine d’années dans la banque.
C’était déjà un beau parcours mais… ?
Première « bifurcation » (comme on dit maintenant) : je démissionne de la banque, mal à l’aise avec le fait de travailler pour le profit des actionnaires. Je rejoins le secteur associatif – non sans une baisse de salaire considérable (et la perte d’un certain statut social). Mais j’y trouve la joie de me sentir en phase avec mes valeurs.
Et après ?
Après cinq ans, deuxième bifurcation : nous partons au Paraguay avec mon mari pour deux ans de VSI (Volontariat de solidarité internationale). Expérience assez radicale : nous laissons derrière nous notre travail, notre maison à Orléans, nos engagements bénévoles, nos familles et amis pour une vie très simple à proximité d’un bidonville. Expérience qui nous transforme et nous rentrons avec une certitude : nous ne voulons pas retrouver la même vie qu’avant.
Retour difficile ?
Retour du Paraguay : emménagement à Grenoble en réponse à un appel à bénévoles du centre spirituel St Hugues de Biviers. Tous les deux au chômage, nous reprenons la recherche d’emploi enrichis par l’expérience du VSI.
Je travaille depuis maintenant cinq ans pour le diocèse de Grenoble, comme responsable du pôle diaconie, que l’on peut définir comme le service de la charité ou de la solidarité de l’église catholique. Je côtoie des personnes en grande précarité sociale, des migrants, des personnes qui vivent une forme d’exclusion, de disqualification. J’essaye de contribuer à ce qu’ils trouvent une place dans l’église et que leur parole soit prise en considération.
Propos recueillis par Marielle Say





